Contre l’Etat contre la guerre: renouons avec un anti-militarisme et un internationalisme offensif

Ukraine, Soudan, Palestine, Iran, Afghanistan, Liban… les guerres se multiplient et s’intensifient et avec elles leur lot de morts et de destructions. En parallèle les discours nationalistes et guerriers deviennent de plus en plus récurrents dans la bouche des gouvernements. L’Allemagne a réintroduit le service militaire pour le moment il est volontaire, et depuis une loi votée fin 2025 une autorisation de l’armée est désormais nécessaire pour quitter le pays pendant plus de 3 mois pour les hommes de 17 à 45 ans, une étape de plus dans la préparation d’une conscription plus large. En réponse à ces nouvelles mesures le 5 mars dernier des milliers de jeunes ont manifesté contre l’encasernement auquel l’Etat les destine. En France après avoir enterré le SNU, le gouvernement l’a remplacé en novembre 2025 par le Service National ce nouveau dispositif pour le moment sur la base du volontariat s’adresse aux jeunes entre 18 et 25 ans sans condition de diplôme, il promet 10 mois d’encadrement militaire contre une rémunération de 800 euros par mois. En parallèle France Travail annonce la création d’une « Task force » pilotée par un général pour fournir une main d’oeuvre correspondant au besoin de l’industrie de l’armement, une opportunité de plus pour tous les flics sociaux avides de nationalisme et de travaillisme. Le message est clair : nous mettre tous au turbin ou nous envoyer nous faire tuer pour la « grandeur de la nation » ou pour la « défense de la démocratie » et gare à ceux qui refuseront de rentrer dans le rang. Les Etats, conformément à leurs logique tendent tous à vouloir nous enrégimenter pour participer à la grande faucheuse qu’est la guerre que ce soit en allant se faire tuer sur le front ou en produisant ce qui permettra de tuer des exploités d’ailleurs.
Ces guerres déclenchées pour les intérêts des Etats qu’ils soient économiques, politiques ou idéologiques n’ont rien d’un hasard elles fonts partie du jeu politique auxquels nous soumettent tous les Etats, elles ne sont au final que « la continuation de la politique par d’autres moyens ». Dans le sillage des guerres et de leur préparatifs les discours nationalistes fleurissent dans les propos des politiques qu’ils soient de droite où ils peuvent vanter l’armée et vomir leur xenophobie en parlant de « risque migratoire » ou de gauche pour faire la promotion de la « conscription citoyenne » et d’une industrie de l’armement bleu blanc rouge (comme Mélenchon en pâmoison devant Dassault). De part et d’autre la nation est investie politiquement comme devant être défendue en premier. Elle est la chose autour de laquelle les administrés doivent se rassembler. Partout les individus sont priés de se nier pour se regrouper selon le plus petit dénominateur commun et l’idée nauséabonde qu’il faudrait défendre l’endroit de merde où l’on vit contre ceux qui vivent quelques kilomètres plus loin. Dans ce contexte certains pourraient être tenté d’enterrer la perspective révolutionnaire anti- autoritaire comme se fut le cas par le passé (comme en 1914) et de choisir un camp plutôt qu’un autre que ce soit pour la défense de la démocratie ou par anti-impérialisme.

Cependant il est nécessaire de défendre et d’approfondir cette perspective révolutionnaire anti-autoritaire et de s’armer contre les diverses manipulation nationalistes, démocratiques et religieuse pour enfin détruire les Etats, leur nations, leur peuples fantasmés, les frontières et toutes autorités.

En effet de plus en plus d’exploités se retrouvent pris entre deux feux, d’un côté les bombes de l’autre la répression qui s’intensifie et s’accroît toujours plus dans un contexte de guerre qu’elle lui soit lié ou pas. Le cas de l’Iran est à ce titre explicite alors que les bombardements des Etats-Unis et d’Israël font rage (durant lesquels plus de 1700 civils ont été tués) la répression qui a déjà fait plus de dix milles morts en janvier contre le dernier mouvement de révolte se poursuit. Les arrestations et les condamnations à morts pour la participations aux manifestations ou en lien avec la guerre se font chaque jours plus nombreuses, depuis le début de la guerre neuf personnes ont déjà été exécutés pour motif politique auxquelles s’ajoutent les 1639 personnes exécutées durant l’année 2025. En Israël aussi la répression contre les refuzniks (ces jeunes israéliens qui refusent de rejoindre l’armée) se fait plus forte, les condamnation à de la prison se font plus fréquentes et plus lourdes dans le contexte de la guerre à Gaza, dans le même temps le parlement israélien a voté une loi qui permet aux tribunaux militaire de Cisjordanie de prononcer une peine de mort pour les Palestiniens arrêtés pour des faits de terrorismes.

En Russie où le régime de Poutine a muselé toutes oppositions politiques au fil des années, le conflit en Ukraine a permis d’étendre et de durcir la répression contre toutes actions ou paroles qui s’opposerait à la guerre, les condamnations à de lourdes peines de prisons pleuvent sur les anti-militaristes. L’Etat ukrainien n’est pas en reste outre la loi martiale promulgué en février 2022 qui prévoit jusqu’à 10 ans de prisons pour toutes absences de plus de trois jours non autorisées et 12 ans pour toutes actes de désertion, le parlement ukrainien examine actuellement une nouvelle loi à l’initiative de la première ministre visant à durcir la répression contre les déserteurs. Ceci n’est guère nouveau les Etats ce sont toujours servis des guerres pour réprimer ceux qui refusaient le destin qui leur était promis (comme c’est déjà le cas en période de paix) la rhétorique nationaliste permet de faire passer toutes actes de révoltes comme étant le fait de « traîtres à la patrie » ou étant en lien avec l’Etat ou l’organisation adverse. C’est pourquoi il est nécessaire de refuser les logiques campistes qui voudraient nous faire les soutiens d’un Etat sous prétexte que celui d’en face serait pire et d’affirmer que la défense d’un Etat, d’une nation n’a jamais été synonyme d’émancipation et encore moins de révolution et que si une guerre est à mener elle est sociale et elle doit se faire contre l’Etat, le Capital et tout ce qui nous rend esclaves.

A ce titre l’idéologie anti-impérialiste apparaît dans la séquence actuelle comme étant l’arnaque qui permet le plus efficacement de tomber dans cette logique campiste mortifère, des révolutionnaires auto-proclamés voudraient nous faire soutenir des organisations réactionnaires et des Etats sous prétexte qu’ils incarneraient la lutte contre l’impérialisme (mais seulement celui des Etats-Unis et d’Israël). Si l’anti-impérialisme a depuis Lénine toujours été une marotte de la gauche et de l’extrême-gauche il est dommageable de voir une partie des aires à prétention subversives céder aux sirènes de la gauche via une méthode éculée que l’on pouvait penser comme étant réservée à quelques vieux maoïstes ou chiraquiens (qui tous deux se disaient aussi contre l’impérialisme). Dans leur obsession idéologique une partie des anti-impérialistes se vautrent allègrement dans l’antisémitisme ripoliner en antisionisme dans la plus pur tradition de la sionologie de l’URSS (doctrine réutilisant les poncifs de la propagande antisémite dans le but affiché de critiquer l’Etat israélien et le sionisme) qui a été depuis reprise par l’extrême droite soralienne. Les mêmes semblent incapables de critiquer Israël sans verser dans un sensationnalisme gerbant visant à nazifier les Juifs et Israël reprenant là encore l’antisémitisme soviétique post Seconde Guerre Mondiale. A l’image de la Ligue Anti-impérialiste récemment créée qui proclame à l’occasion du vote en Israël de la loi instaurant la peine de mort pour les Palestiniens que c’est là « une expression explicite de son visage nazi sanguinaire », au lieu de simplement y voir la brutale normalité de l’Etat dans un contexte colonial.

L’idéologie anti-impérialiste a aussi pour effet d’amalgamer l’Etat avec les individus qu’il domine et opprime permettant à nos pseudo-révolutionnaires d’ici d’absoudre les massacres commis au nom de la lutte contre l’impérialisme et de fantasmer sur une violence dont ils ne sont pas capables bien à l’abri dans leur canapé situé à des milliers de kilomètres des bombes. Cette logique permet aussi de nier l’agentivité des individus à se révolter puisque ce la serait faire le jeu de la partie adverse de critiquer ce qu’on a décrété comme étant le « camp anti-impérialiste ». Reprenant ainsi les discours des Etats comme on a pu le voire en Israël où la droite n’hésite pas à qualifier toutes personnes contestant ses actions à Gaza de « traîtres » ou bien la République Islamique d’Iran parlant de « complot américain » à propos du dernier mouvement de révolte ayant secoué le pays. Dans leur carcan idéologique la solidarité ne s’adresse plus aux révoltés mais aux Etats (ou proto-Etats) qui les répriment, cette invariance permet de recycler un prêt-à-penser à la fois confortable et sans aucune conflictualité avec l’existant. Faut il rappeler que l’anti-impérialisme constitue une arnaque qui vise à défendre les « nations opprimées » contre les nations impérialistes ou bien à transformer les mouvements de révoltes et d’insurrections en guerre ou guérilla politique et militaire au profit de factions qui se disputent le pouvoir à l’intérieur des dites nations s’inscrivant ainsi toujours dans le cadre de l’Etat. Il est temps d’en finir une bonne fois pour toute avec cette idéologie qui enterre toutes perspectives de révolution, elle n’a en effet toujours eu qu’un seul et unique but celui de « Négocier un Etat, une place pour diriger, c’est l’ultime revendication de ces armées populaires sans terres » ( tiré du texte « Fedayin vous nous faîtes chier » revue La Lanterne Noire n°1, 1974). Il apparaît primordial d’en finir avec cette époque qui ne cesse de recycler le pire de son héritage pour enfin renouer avec la perspective révolutionnaire anti-autoritaire.

Ceci ne doit pas être qu’une formule incantatoire. Dans un contexte de guerre la nécessité de retrouver un anti-militarisme et un internationalisme offensif devant s’ancrer dans des pratiques en lien avec la réalité (soutenir les réseaux de déserteur, les prisonniers anti-guerre, participer aux campagnes de soutien, actions de sabotages…). Remiser la conflictualité avec l’existant du fait de la guerre ne peut que nous pousser à des alliances avec les va-t-en guerres de tout bord comme ce fut le cas lors de la Première Guerre Mondiale avec le lamentable Manifeste des Seize signé par des figures de l’anarchisme de l’époque comme Pierre Kropotkine et Jean Grave. Ou à contrario se contenter d’un pacifisme béat qui verrait dans la paix et donc dans le retour à la normale un pis-aller qui ne fait que reconduire l’existant. L’histoire du mouvement révolutionnaire qui s’il n’est pas exempt de compromission comme récemment cité est aussi riche d’exemples d’actes individuels et collectifs allant du refus de la guerre et de l’insoumission en passant par le sabotage jusqu’à la désertion et la mutinerie. Les discours et les interventions anti-militaristes des militants de l’URW (Union of Russian Workers) ou de la Ligue Anti-militariste créée à l’initiative de Emma Goldman et Alexandre Berkman aux Etats-Unis au début du XXème siècle sont toujours pertinents et d’autant plus aujourd’hui à l’heure où les discours nationalistes et militaristes font leur retour sur le devant de la scène. Les exemples d’anarchistes et d’anti-autoritaires s’opposant au chantage à l’union nationale et refusant de reléguer le moment de la Révolution à une hypothétique paix sont nombreux. A ce titre la réponse de Errico Malatesta aux anarchistes qui ont signé le Manifeste des Seize est sans doute le plus emblématique.

Ces interventions contre la guerre et toujours avec l’objectif de maintenir et d’approfondir les conflictualités qui surgissent dans son sillage, sont autant de pistes à se réapproprier. Aujourd’hui encore la perspective de révolution contre l’Etat, le capital et toutes autorités ne sont pas mortes même en période de conflit on peut aisément le constater avec le déclenchement de la guerre en Ukraine qui reçu en réponse une vague d’attaque des bureaux de recrutements de l’armée russe et de sabotages de ligne de chemin de fer (revendiqués pour partie par Boyevaya organizatsiya anarkho-kommunistov ou BOAK). Pour que cette perspective reste vivante soyons solidaires avec les révoltés de partout et non avec leurs Etats, refusons les logique campistes, les idéologies nationalistes (qu’elles soient démocrates ou pas) et l’anti-impérialisme qui ne sont que les deux faces de la même pièce. Posons nous les questions qui nous permettrons d’identifier et d’abattre ce qui fait obstacle à un anti-militarisme et à un internationalisme offensif pour enfin renouer avec les pratiques et les perspectives que l’on pourrait résumer selon les mots de Luigi Galleani « Contre la guerre, contre la paix, pour la Révolution sociale ». Plutôt que céder au chantage de la gauche et ses appels au barrage, front commun et autres pièges démocrates face à « l’urgence de la menace fasciste » rappelons nous une chose, si urgence il y a elle est d’opposer à la guerre entre Etats, religion ou ethnie la guerre sociale contre l’existant pour un monde sans Etats, ni patries, ni frontières, ni prisons, ni nations.
Vive l’anarchie ! Vive la Révolution !